Pensées numériques (9)

Il est temps de fonder une "discipline" dédiée à la réflexion sur les phénomènes numériques et leurs incidences sociologiques, pédagogiques, culturelles, etc

 

L'internet ( à travers les réseaux sociaux) a-t-il vraiment transformé le monde en un petit village?

Pour répondre à cette question, il ne faut pas trop se fier à ce que disent les utilisateurs qui seraient sous la fascination et sous le charme des fonctionnalités et des performances de ces technologies ; on colporterait globalement, dans une logique collective, des idées impressionnistes, des positions abstraites, des jugements hâtifs, etc. ; il faudrait, en revanche, se démarquer de l’utilisation de ces technologies, prendre du recul par rapport à l’attrait de la machine, et surtout, se repositionner par rapport aux contenus qui circulent à une vitesse vertigineuse et illimitée… pour pouvoir prétendre apporter un regard objectif et global sur ce point, hissé par les uns au rang de vérité universelle inchangeable.

Si l’on observe des échantillons des contenus des réseaux sociaux (publications, réactions, commentaires, groupes fermés, pages fermées, etc.), il appert que: 

  1. Sur le plan de la liaison et surtout du réseautage, au sens technique et procédural,  il est vrai que les réseaux sociaux ont transformé le globe terrestre en un petit village (un hameau de quelques maisons) : un usager de l’Australie peut interagir avec un autre au pôle nord, etc.
  2.  Sur le plan du capital social, de la communication, et surtout sur le plan de la réduction des distances géographiques, de la miniaturisation du monde, de l’infinitésimalisation des espaces, des doutes quant à cette « vérité universelle » seraient tout à fait légitimes : les usagers des réseaux sociaux seraient en train de vivre leur passage sur les réseaux sociaux comme une illusion d’appartenance à un monde où tout le monde se connait, se salue, se loue, s’auto-valorise, etc. il n’ y aurait pas de petit village, mais un monde de plus en plus méconnu, de plus en plus large et étendu, etc.

Le constat est encore embryonnaire, mais des indices révélateurs, puisés dans ces réseaux, pourraient le corroborer :

  • La tendance de plusieurs personnes à créer des groupes fermés où l’accès est refusé aux autres, à tous les autres. Si une raison quelconque peut motiver cette position, il n’en demeure pas moins qu’elle serait exclusive et communautariste. Elle impliquerait que la fermeture sur soi pourrait être une protection contre autrui (cet autrui aussi est un usager des réseaux sociaux qui est considéré comme persona non grata et donc un « mauvais » usager) ; elle impliquerait aussi  que l’usage soit restreint à une minorité, ce qui supposerait que la « réunification » universelle serait une illusion
  • La tendance, parfois délibérée, de bloquer ceux qu’on n'aime pas, qu’on n’approuve pas, qu’on ne tolère pas, qu’on déteste même, avec qui on ne partage pas les mêmes convictions ou idéaux, etc. Ceci serait une forme de censure qui fragiliserait déjà l’idée de « la réunification universelle » et encouragerait davantage, en catimini, doucement mais sûrement, le sentiment de repli, de solitude, etc.
  • La tendance chez certains à se proclamer leader ameutant des « suiveurs » inconditionnels, qui sont toujours les mêmes ; ce leader peut privilégier la piste comique (un faiseur de gags), politique (un faiseur « d’idées »), poétique (un rimailleur ),  littéraire (un faiseur d’histoires), artistique (un faiseur de « critique » de l’art), etc. Ceux qui lui commentent sont toujours les mêmes, leurs propos sont identiques, ils font toujours l’apologie de leur « leader », louent ses qualités,  stigmatisent ses détracteurs, etc. Cette tendance verserait trop vers l’individualisme, la sacralisation du soi/moi, la standardisation , etc. ce qui serait à l’opposé de l’ouverture, l’universalité, et la globalité.

D’après ces exemples, il serait facile de remarquer des tendances de recroquevillement, de repli sur soi, du rejet de l’autre, de création d’ilots socio-numériques, etc. qui favoriseraient la fragmentation du monde en milliards petits villages, connectés certes, mais non communicatifs.

 Pédagogiquement, il serait utile de travailler ce type de sujets à l’oral et à l’écrit, sous forme de débats, d’activités argumentatives, de plaidoyers, … à partir d’exemples concrets puisés dans le net.

 

Date de dernière mise à jour : 19/06/2020

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