Baisse de niveau

... à partir de quelle référence?

 

 

Ces dernières années, une idée communément admise selon laquelle "le niveau des élèves" baisse au fil des années est en train de s'installer dans la tradition pédagogique. Les raisons avancées pour expliquer cela incriminent généralement soit l'élève (qui est différent de l'élève d'autrefois, qui n'est plus attentif, qui ne s'intéresse plus aux études, qui est distrait, qui préfère le divertissement, surtout numérique, à l'apprentissage, etc.), soit le milieu socioculturel (qui est hostile à l'école, qui n'apporte plus d'aide à l'établissement scolaire, qui ne contrôle plus les élèves, etc.).

 

Ce constat contiendrait probablement une certaine vérité; les raisons avancées seraient certainement réelles. MAIS, la notion de "niveau" doit être revisitée et analysée à la lumière d'un discours pédagogique rigoureux, méthodique et objectif.

1. Quand on parle de niveau d'un élève, c'est par rapport à une référence reconnue comme telle: référence institutionnelle, cognitive, didactique, épistémologique, etc. Or, il n'y a aucune référence de ce genre qui soit explicite, officielle ou reconnue. Même le référentiel de compétences adopté par les manuels scolaires, qui ne revendique pas pourtant le statut de référence, est flou, général et ne touche que l'aspect linguistique.

2. Le concept "niveau" est-il capable de rendre compte des classes pléthoriques, de l'hétérogénéité de nos classes? existe-t-il un SEUL niveau, ou une multitude de niveaux? Pourrait-il y avoir un seul niveau dans une discipline donnée (conjugaison par exemple) ou le même niveau pour un élève dans toutes les disciplines? peut-on parler d'UN niveau ou DES niveaux? .. Les questions se multiplient, mais qui risquent de ne pas avoir de réponses immédiates et surtout prètes à l'utilisation.

3. Le jugement sur "le niveau" est-il bâti sur des critères qui ont fait l'objet d'une concertation, d'une étude ou d'une recherche? Ou sont-ils uniquement le fruit de l'empirisme qui, bien que salvateur parfois, pourrait induire en erreur?.

4. quand on parle de "niveau", on réduit généralement le jugement à la dimension cognitive de la discipline, mais on néglige la dimension psychologique, les préoccupations socioculturelles, les compétences technologiques, etc. Combien d'élèves, considérés pourtant comme "faibles" dans telle   ou telle discipline, mais qui excellent dans d'autres domaines.

5. la notion de "niveau" permet certes le jugement, mais ne permet aucun suivi performant. On catégorise les élèves sans pouvoir les aider. On leur met une étiquette mais sans les doter d'outils régulateurs.

 

conclusions:

- la notion de "niveau" n'est pas méthodologiquement et scientifiquement bien fondée.

- Il y a une alternative plus fiable à cet état de choses: il s'agit du dispositif évaluatif qui englobe les différentes évaluations (diagnostique, formative, etc.) et le suivi (soutien et  remédiation) et qui a le mérite d'optimiser les actions d'enseignement/apprentissage.

- il est nécessaire d'affiner les critères susceptibles de donner à cette notion plus de crédibilité pédagogique et d'efficience didactique.

- il ne s'agit plus de catégoriser, mais de fournir les outils de la réussite.

 

En classe:

 En vue de dépasser cette situation, il est essentiel d'adopter, au lieu de la notion de "niveau", celle de "BESOIN" . Cette dernière permet en effet:

- d'approcher les difficultés des élèves à partir de l'angle de l'apprentissage.

- d'adapter et de DOSER les contenus proposés.

- de répondre aux VRAIES lacunes.

- d'apporter parfois, dans la mesure du possible, des aides personnalisées.

- de gérer méthodiquement les progressions et les contenus des séquences d'apprentissage.

- d'aller aux RYTHMES des élèves.

- de prendre en compte les différences  entre les élèves.

- de recadrer les apprentissages en fonction des résultats des différentes évaluations.

 

 

 

 

 

Commentaires

  • Bouzaidu
    • 1. Bouzaidu Le 20/08/2019
    Je tiens tout d’abord à vous féliciter monsieur pour vos efforts considérables à améliorer la réflexion pédagogique et à combler les lacunes d’encadrement institutionnels effroyables.
    L’enseignement de FLE vous êtes bien censé monsieur qu’il présente des anomalies et des défaillances plurielles nécessitant une approche plus courageuse et surtout citoyenne. Monsieur, étouffer le malaise de l’enseignement de FLE dans le cadre pédagogique et didactique , c’est trahir intentionnellement la cause d’une large catégorie des élèves victimes de la lâcheté des responsables qu’ils soient professeurs ou inspecteurs ou décideurs politiques à dénoncer une stratégie qui reproduit le modèle des extrêmes et des inégalités s des chances.
    Face à des élèves qui maîtrisent à merveille la langue de Molière on a d’autres de cycle qualifiant qui n’arrivent même pas à écrire leur nom correctement.
    Je sais monsieur Baaziz que votre centre d’interêt est la pédagogie. Mais le discours résistant à interagir avec la réalité sociale de l’enseignement menace l’avenir de nos élèves délaissés par le système.
    Devant des questions qui font mal laissons le discours froid à côté . Les discours flatteurs tuent les peuples.

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