Choix des contenus de langue

... des outils pour s'exprimer, pour produire, pour comprendre.

 

              La phase pré-pédagogique est déterminante pour la réussite ultérieure (en phase pédagogique) d’une activité donnée. Si l’improvisation n’est pas rentable pour des activités techniques bien stéréotypées, elle l’est encore moins dans le domaine de l’enseignement/apprentissage qui est caractérisé par de nombreux variables: le changement, l’évolution, la contextualisation, les contraintes, etc. La phase pré-pédagogique permet donc de mener cette réflexion didactique préventive qui peut protéger contre des pièges cognitifs et méthodologiques dont certains figurent dans les manuels et les différents documents de travail (classification erronée des types de textes, erreurs linguistiques ou scientifiques, démarches didactiques spécieuses, etc.). Elle permet, en contrepartie, de faire des choix bien fondés, de sélectionner les contenus adéquats, de retenir les démarches convenables, etc.

     Dans cette perspective, on retiendra l’exemple concret des contenus linguistiques à proposer lors des séances de langue. Il est assez fréquent de constater que :

  1. les contenus proposés sont externes aux textes de lecture ; on propose souvent des activités qui ne relèvent pas de l’intérêt linguistique du texte.
  2. Les contenus sont théoriques et formels et ne peuvent en aucun cas permettre un cumul d’apprentissages susceptible de faciliter l’acte de comprendre et celui de produire.
  3. Les contenus linguistiques sans prérequis ; ce qui correspond grosso modo, dans le domaine du bâtiment, à la construction d’un édifice sans fondations.

 

Quelques exemples tirés des pratiques de classe :

 

  1. On lit un texte de lecture (c’est un ensemble agencé de signes linguistiques qui permettent de s’exprimer, d’élaborer un message, etc.), et en langue on propose la focalisation (sous forme de définitions et d’exemples), le schéma actantiel (sous forme de définitions et d’applications).
  2. On propose l’accord de l’adjectif sans prérequis (féminin/masculin).
  3.  On adopte les contenus du  manuel, tels quels, sans pouvoir en vérifier l’utilité ni la rigueur scientifique. .

 

Pistes  possibles : (à partir d’un texte)

Dans les premiers jours du printemps, ma mère et moi, nous allâmes rendre visite à Lalla Aïcha. Nous étions invités à passer la journée. Quelques jours auparavant, ma mère prépara des gâteaux de semoule fine, des petits pains à l’anis et au sucre, du sellou, farine grillée mélangée de beurre et de diverses épices.

Nous emportâmes toutes ces douceurs. Nous quittâmes la maison le matin ; Driss le teigneux vint nous trouver chez l’amie de ma mère chargé de son couffin à provisions et d’un poulet de fort bonne apparence. Driss apporta aussi un pain de sucre, un paquet de thé et une brassée de menthe.

Lalla Aïcha protesta, reprocha à ma mère ces folles dépenses. Elle s’attendait à notre visite ; elle avait fait son marché en conséquence.

Lalla Aïcha habitait dans l’impasse de Zankat Hajjama une maison avec une porte basse. Cette maison rappelait, par certains côtés, Lalla Aïcha elle-même. Toutes les deux avaient connu des temps meilleurs, toutes les deux en gardaient une attitude guindée, une distinction désuète.

Ahmed Sefrioui, La Boite à Merveilles

 

Les contenus linguistiques ( dans ce texte) qui présentent un intérêt et qui pourraient être utiles pour les élèves pendant la production (les élèves ont besoin de mots, d’expressions, de phrases pour s’exprimer non de définitions et de schémas) sont donnés ci-dessous à titre indiactif. Il n’est pas possible, bien entendu, de tout faire, il faut faire des choix. C’est la touche personnelle de l’enseignant qui permet d’organiser et de structurer les contenus retenus dans une fiche pédagogique cohérente, selon une démarche didactique efficiente, en fonction d'une problématisation didactique qui prend en considération les besoins de l'institution et ceux des élèves,(à ne pas enseigner sous forme de définitions en tout cas)

  1. Les indicateurs temporels : dans  les premiers jours du printemps , auparavant
  2. Les mots à expliquer en contexte : invités , , épices, provisions, pain de sucre, brassée ; protesta , reprocha, l’impasse, désuète
  3. L’antériorité exprimée par le plus que parfait.
  4. L’énumération
  5. Etc.

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NB. La focalisation, les points de vue, etc. ne relèvent pas directement du texte, ils sont des applications narratologiques qui ont été élaborés hors des textes, parfois plusieurs années après le moment de l'écriture, non pas par l'auteur mais par des chercheurs. Ils sont intéressants dans l’absolu, pour le chercheur ou pour l'étudiant spécialiste, mais pas pour l’élève qui est encore en phase d’apprendre la langue.

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