FLE ou FLM ?

 

Le français est-il enseigné au Maroc, surtout au lycée, en tant que langue étrangère FLE ou en tant que langue maternelle FLM ?

Au niveau des discours, il n' y a aucune hésitation; le français au Maroc est une langue étrangère car "toute langue non maternelle est une langue étrangère" (CUQ, J-P), mais au niveau des pratiques, les choix didactiques, les contenus proposés, les supports retenus, ... appartiennent à priori à la didactique du français  langue maternelle.

Enregistrons ce que dit Bourdereau ( du Service de coopération et d’action culturelle Ambassade de France à Rabat, Maroc) dans son article intitulé « Politique linguistique, politique scolaire : la situation au Maroc », in Le français aujourd’hui, 2006/ 3,  (n°154), 

"« plus globalement, il faut noter que la plupart des cadres de l’enseignement, les formateurs exerçant dans les Centres pédagogiques régionaux ou les Écoles normales supérieures, les inspecteurs enfin, ont longtemps été formés directement en France, durant des stages de longue durée, qui ont favorisé les emprunts plus ou moins directs aux programmes français conçus pourtant dans le cadre de l’enseignement de la langue maternelle. La plus récente illustration de cette tendance est fournie par la dernière réforme (2002) des programmes des lycées, qui est maintenant suivie par la réforme des programmes de collège : retour des œuvres littéraires intégrales, lecture méthodique et/ou analytique, fonctionnement en projet ou en séquence, intégration des activités de langue : l’arsenal didactique de l’enseignement du français en France des années 1990 est tout entier présent, sans, probablement, avoir fait l’objet d’une adaptation au contexte d’enseignement marocain, tant au niveau du choix des textes que du choix des méthodes" p:29

Dans les pratiques, cela apparait par exemple dans les choix suivants:

- utilisation abusive de concepts savants qui décrivent des phénomènes littéraires, stylistiques, narratologiques ... alors que les élèves ont besoin d'apprendre la langue française  (pas une langue qui décrit une autre)

- adoption de la lecture méthodique en lecture qui ne peut développer ni objectif didactique (l'objectif est toujours très vague: l'étude formelle d'un texte littéraire ) ni capacités de compréhension (elle ne favorise aucun apprentissage de stratégies)

- adoption d'un projet centré sur les contenus littéraires alors qu'il fallait élaborer un projet qui sollicite la participation des élèves (rédiger quelque chose, concevoir quelque chose, etc.)/

- etc.

Les résultats sont malheureusement là pour nous rappeler cette réalité déconcertante.

 

 

Ajouter un commentaire