La focalisation

la focalisation est-elle didactisable?

 

    Depuis l'adoption des oeuvres au programme, certaines notions, dont la focalisation, font leur entrée en force dans les pratiques didactiques des classes de français. En rapport avec la narrativité qui caractérise les oeuvres littéraires et fictives, la "focalisation", comme manifestation d'une prise de position narrative, comme l'indication d'une instance narrative, a fait l'objet de plusieurs recherches académiques et théoriques, notamment en narratologie et en sémiotique narrative.

        Les Orientations pédagogiques, dans le silage de ces recherches, en font état dans le référentiel de compétences inséré à la fin du document. Et depuis, il n' y a pas eu de projet pédagogique qui ne la propose pas comme contenu d'enseignement/apprentissage; les raisons avancées par les uns et les autres sont comme suit:

1. Il y a le risque qu'elle fasse partie des items de l'examen académique régional. Il vaut mieux en faire profiter les élèves.

2. c'est une notion centrale du fonctionnement narratif d'une oeuvre littéraire. Il n'est pas judicieux d'en priver les analyses.

3. puisqu'elle fait partie du référentiel proposé par un texte officiel (OP), il faut la programmer quelle que soit la nature du projet conçu.

 

           Il est vrai que ces arguments sont justes, mais il faut analyser le sujet du point de vue didactique et cognitif:

1. le réferentiel de l'examen régional recommande vivement de NE PAS utiliser les concepts théoriques dans les items des épreuves (il cite même l'exemple de "focalisation"). Si jamais le concept est utilisé dans l'épreuve, ce seraient les concepteurs de l'examen qui auraient transgressé les régles du jeu et  seraient ainsi responsables de leurs actes.

2. Du moment qu'elle est centrale dans le tissu narratif des textes, il serait primordial de la didactiser pour la rendre enseignable, au prix d'une transposition pertinente.

3. Les OP proposent sans imposer. il convient à chacun d'adopter le projet qui réponde le mieux à ses élèves. Il n' y a que le référentiel de l'examen qui est contraignant

 

         La notion, nous l'avons dit, fait partie des savoirs savants, savoirs qui appartiennent aux domaines de la recherche fondamentale: est-elle suffisamment didactisée? a -t-elle fait l'objet d'une transposition didactique suffisante? permet-elle de faire des transferts d'apprentissage à d'autres situations? permet-elle de générer des capacités lectorales? facilite-t-elle la compréhension des textes? etc.

 

          Le problème ne réside pas dans le fait qu'elle soit étudiée ou non, mais dans le problématique de sa didactisation. Telle qu'elle est présentée (définitions, exemples relevés dans les textes), la focalisation est sans enjeux didactiques:

- elle reste formelle et formalisante,

- elle est théorique et métacognitive,

- elle ne permet pas de transfert de compétences,

- elle dépasse de loin les capacités intellectuelles des élèves;

- elle ne favorise pas l'installation de stratégies individuelles de compréhension

- elle ne répond pas à des besoins urgents d'apprentisage (besoins linguistiques et communicatifs).

 

Que faire?

       ci-dessous quelques pistes pour didactiser la notion de focalisation: (ces deux recommandations sont valables pour les autres notions)

1. ne pas proposer aux élèves des définitions. Un enseignement métalinguistique n'est intéressant que quand on a bel et bien maitrisé la langue. Si tel n'est pas le cas, on aura des élèves qui excellent dans la métacognition, mais qui ne peuvent même pas comprendre ou produire une petite phrase (des élèves peuvent réciter les caractéristiques formelles, linguistiques et génériques  des textes, sans pour autant pouvoir écrire une phrase). Les définitions, en tout cas, ne permettent point aux élèves de comprendre ou de produire un texte; ces derniers ont besoin, en contrepartie, de moyens linguistiques et langagiers.

2. ne pas présenter la notion sous sa forme brute, en tant que savoir savant, mais essayer de la soumettre à une transposition ddactique qui prend en compte les besoins des élèves, leurs capacités intellectuelles, les objectifs d'apprentissage, etc.

 

Ainsi

            Pour la focalisation, 

étudier, non le concept de focalisation lui même à travers définitions et exemples, mais étudier avec les élèves ses manifestations linguistiques et textuelles (sans même les nommer pour ne pas encombrer les élèves):

- les verbes de perception

- certains emplois du conditionnel présent et passé

- le système pronominal et énonciatif

- certaines tournures impersonnelles

- certaines modalités appréciatives (adjectifs, emplois lexicaux, etc.)

- certaines marques typographiques (guillemets, parenbthèses, renvois, etc.)

- etc.

 

 

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