formatif? sommatif?

 Le rapport d'inspection: quels enjeux?

                Le débat, qui a accompagné le rapport  du conseil supérieur de l'enseignement (CSE) et le plan d'urgence élaboré par le ministère de l'éducation nationale (MEN), a eu le mérite de soulever pour la première fois des sujets longtemps  limités à des réflexions ésotériques et très restreintes. Les interventions des uns et des autres, lors des réunions pédagogiques et administratives, sur les forums proposés à volonté par d'innombrables sites web (ceux en tout cas du MEN et du CSE..), au sein des dossiers publiés par les médias, ont essayé d'explorer certaines pratiques liées à des cadres spécifiques : inspecteurs, chefs d'établissement, conseillers en orientation, etc.

               De par notre position, nous pensons que ces interventions, qui étaient, il est vrai, pertinentes à plusieurs niveaux, laisseraient deviner, quand même, sous la houlette d'une prise de position passionnelle, une certaine incompréhension des statuts et des rôles des différents métiers de l'enseignement. Sous l'influence d'un seul aspect de son travail, chacun valorise, en effet, sa fonction et minimise celles des autres (1) alors que, si l'on se situe d'un angle de vision objectif et global, on est obligé d'affirmer que chacun des acteurs de l'action pédagogique, à partir de la sphère où il est appelé à évoluer, a une mission à accomplir, différente de celle des autres mais forcément complémentaire.

                Dans le dessein de participer à ce débat et apporter certains éclaircissements à plusieurs interrogations relatives à certains aspects du métier d'inspecteur, nous traiterons, dans la présente contribution, le rapport d'inspection qui est sujet à critiques, par les inspecteurs eux-mêmes. Remplit-il toutes ses fonctions ? Crée t-il l'effet escompté ? Parvient-il à modifier la réalité pédagogique ? Comment est-il perçu ? ...autant de questions légitimes auxquelles seule une réflexion profonde et sereine pourrait apporter les réponses adéquates.

                En attendant que soit menée une étude sur le terrain qui puisse vérifier toutes ces assertions, nous analyserons la situation pédagogique que le rapport d'inspection (le bulletin de visite également) est censé traduire avant de soumettre ce dernier à une analyse qui prendrait en compte les véritables enjeux qu'il présente.

                C'est ainsi qu'il est essentiel de souligner de prime abord que l'observation d'une classe est tellement complexe, tellement variée qu'il faut être au four et au moulin. Observer une activité en classe c'est être vigilant aux contenus proposés, aux conditions de travail, aux doléances de l'enseignant, aux préoccupations des apprenants, aux méthodes adoptées, à l'utilisation du matériel pédagogique (tableau, manuel, documents divers...), aux interactions horizontales et verticales, au mode de questionnement, à l'utilisation de l'espace, aux documents pédagogiques (fiche, cahier des textes, cahier des élèves, devoirs, ...), à la conception de l'évaluation et du soutien, à la conception du projet, etc. 

                 Le rapport d'inspection (ou le bulletin de visite) est appelé, ipso facto, à rendre compte de ces paramètres d'une manière claire, lisible et argumentée. Il nécessite donc un grand travail de concision, de rhétorique, de sélection et de hiérarchisation, ses objectifs essentiels étant primo l'exposition des remarques (positives ou négatives) avec objectivité, secundo la présentation d'arguments valables et pédagogiquement reconnus, tertio, la suggestion de pistes de réflexion et de recherche, quarto,  la proposition de solutions didactiques convenables. Subséquemment, le rapport est problématique à plus d'un titre.

                 D'abord, parce qu'il est contextuel. Les activités observées dans plusieurs établissements, à des périodes différentes de l'année, ne présentent ni le même intérêt, ni les mêmes circonstances et nécessitent, pour chacun, un traitement spécifique, essentiellement nouveau, toujours original. Ces considérations spatiotemporelles, associées à l'enjeu de l'inspection (titularisation, promotion, visite, évaluation formative, CAPES,...) et à la disparité des besoins en formation constatées sur le terrain (méthodologiques, interactives, culturelles,...) exigent  une conception changeante et une écriture différente.

                   Ensuite, parce que ses destinataires sont multiples. S'adressant premièrement à l'enseignant, le rapport est censé être un miroir lui réfléchissant ses efforts, tout en lui indiquant les points forts à perfectionner et les obstacles à surmonter, ce qui inscrit le rapport dans une perspective formative. Par ailleurs, la rédaction du rapport n'obéit pas uniquement à cette relation binaire entre l'inspecteur et l'enseignant, mais s'élargit à celui qui est certes à l'arrière plan mais qui est au centre de l'intérêt pédagogique : l'élève. La prise en compte de cette relation ternaire ne doit pas occulter, indirectement parfois, le profit que les élèves pourraient ou devraient en tirer. S'adressant deuxièmement à l'institution (chef d'établissement, délégué, ...) le rapport est dans l'obligation d'évaluer objectivement le travail d'un fonctionnaire de l'état et de donner une image fidèle de l'action pédagogique.

                  Puis, parce que les critères  d'évaluation sur lesquels il est basé ne sont pas suffisamment explicités et médiatisés. On a l'impression que chaque inspecteur possède sa propre vision de l'encadrement et de l'évaluation.

                  Enfin, parce que ses fonctions sont contrastées. En effet, le rapport est un document polyvalent qui évalue, rend compte, forme, informe, conseille, régule, encourage, met en garde. Comment le classifier alors ? En tant que document pédagogique ou comme document administratif ? L'un est changeant et formatif, l'autre est immuable et sommatif. La gestion de cette double contrainte  ne saurait faire l'économie d'un savoir-faire qui sache concilier les deux faces de la médaille : formation et contrôle.

                 En somme, la rédaction d'un rapport d'inspection  n'a pas l'air d'une sinécure même si elle n'a pas encore accédé à un maximum de performance. C'est une activité perfectible comme toute activité humaine. Nous pensons qu'avec la nouvelle formule de l'évaluation des fonctionnaires de l'état dont ceux de l'éducation nationale qui est actuellement sous discussion entre le MEN et les syndicats ouvrira d'autres horizons à une synergie pédagogique pleine de promesses.

                                  A.D. 2008.

 

Note :

  • (1) D'après l'analyse des arguments des uns et des autres, nous pouvons dire que les raisons avancées (vraies mais relatives souvent à un seul aspect du métier) qui seraient à l'origine de cette impression consistent, dans un premier temps, à se présenter comme faisant beaucoup de travail comparable aux autres et, dans un deuxième temps, à adopter des attitudes abolitionnistes  envers les autres après  leur avoir imputé la responsabilité des problèmes de l'enseignement. En revanche, si l'on analyse toutes les missions dont se chargent les différents partenaires, on peut se rendre compte que ce qu'on gagne ici on le perd là, et que tout le monde, s'il accomplit son devoir comme il faut, contribue, à sa façon, à la construction d'une société meilleure.

 

Commentaires (3)

Ferdinand AGBOZOH
  • 1. Ferdinand AGBOZOH | 14/04/2012
Merci à tous ceux qui ont œuvré pour la publication de tous ces merveilleux articles qui situent tout le monde. L'inspecteur n'est qu'un feu tricolore dans une classe, un antivirus sur un ordinateur!Ferdinand
Visiteur
  • 2. Visiteur | 25/01/2012
A Maker:
Bonjour!Mes vifs remerciements pour le corps enseignant!Dieu merci pour avoir libérer les pauvres enseignants du despotisme de certains inspecteurs qui se plaignent de voir disparaitre d'un coup magique ce " lien de la note avec l'avancement"On est dans un cadre pedagogique , les inspecteurs est en matière de la police!Situez vous a nouveaux!Vous n'avez ete, et encore, que de simples professuers!
Maker
  • 3. Maker | 12/11/2011
Étant moi même inspecteur et ayant lu votre article, je voudrais apporter mon point de vue concernant ce document qu'est le rapport d'inspection. Le premier constat amère à faire est que le document en, question a perdu de son importance chez la plupart des enseignants.En effet, ayant enlevé tout lien de la note d'inspection avec l'avancement en grade comme cela se faisait auparavant , les décideurs ont largement contribué à cet état de fait; ce qui n'est pas de nature à faciliter la tâche de l'inspecteur.

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