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Pensées numériques (2)

Il est temps de fonder une "discipline" dédiée à la réflexion sur les phénomènes numériques et leurs incidences sociologiques, pédagogiques, culturelles, etc

 

"Carton rouge" 2.0

L’un des phénomènes numériques récurrent lié à l’utilisation des réseaux sociaux, qui s’infiltre, lentement mais sûrement, dans la culture individuelle et collective de CERTAINS usagers, est la décision cérémonieuse et implacable de « bloquer » ou de "supprimer" d'autres usagers déjà inscrits dans la liste des « amis » (ce mot utilisé dans ce domaine mérite déjà réflexion)  de la page ou de simples visiteurs désinvoltes, etc.

Cette décision est globalement appliquée à l’encontre de types d'usagers suivants :

  1. Ceux considérés comme réfractaires et qui semblent exprimer des idées ou des comportements différents ou opposés,  qui manifestent leurs désaccords et leurs singularités idéologiques, etc.
  2. Ceux considérés comme des parias qui révèlent des positions antérieures et des appartenances politiques, idéologiques ou sociales différentes
  3. Ceux considérés comme des passifs, sorte de « touristes de pages », qui ne réagissent pas, ne commentent pas, ne mettent ni « j’aime » ni « j’adore », etc.
  4. ou dans certains cas, pour raisons d'excès (insultes, mots grossiers, etc.)

Si l’acte lui-même est discutable, la manière de le mettre en œuvre est encore plus surprenante :

  1. Elle est explicitement déclarée, médiatisée et diffusée.
  2. Elle est parfois sarcastique ou du moins ironique, puisqu’elle est assimilée à une tâche ménagère de nettoyage (utilisation du champ lexical de la propreté : balai, désinfectants, débarras, etc.)
  3.  Elle est présentée comme une décision souveraine, incontournable et nécessaire.
  4. Elle se veut sourcilleuse et hautaine
  5. Elle semble procurer du plaisir, de la satisfaction et le sentiment du « devoir accompli »

Or, si l’on analyse certaines variables ou paramètres numériques, cybernétiques, économiques, sociologiques, etc., l’on arrivera aux conclusions suivantes :

  1. La page ou le compte sur les « réseaux sociaux » sont « gratuits », c’est-à-dire il suffit à l’usager de s’inscrire sur la plateforme en question pour les « posséder », y avoir accès, les « exploiter », « profiter » de leurs services, « s’approprier » leurs offres, utiliser leurs espaces, etc. Ainsi, "le proprétaire" ( correspond à peu-près en dialectal à: mol lkonte) de la page ou du compte -qui a recours à cette pratique- se voit offrir "gracieusement" un espace non payant et illimité qu’il commence néanmoins à refuser aux autres.
  2. Le web 2.0 a facilité les fonctionnalités technologiques de gestion, d’administration des pages et des comptes ; l'usager n’a pas besoin en effet d’avoir des connaissances énormes en informatique ou des compétences linguistiques particulières ou des habiletés de gestion et d’ergonomie spécifiques, etc. Il n'est pas en situation de supériorité ou d'infériorité par rapport aux autres à ce niveau-là (ce n'est pas ça en tout cas qui fait la différence ). Il lui suffit de cliquer, de suivre les liens, d’utiliser parfois son clavier, etc.
  3. La philosophie  et le crédo des réseaux sociaux tournent autour des valeurs du partage, de la diffusion, de l’invitation, de l’échange, etc. Les usagers s’en détournent cependant vite  et instaurent de nouvelles normes « individualistes ».

Par ailleurs, Cette décision, qui est partagée par certains usagers des réseaux sociaux, est devenue un effet de mode cybernétique lancinant. Elle pourrait être perçue immédiatement comme une offense ou comme une invective qui s’estompent pourtant vite (certaines « victimes », qui auraient par exemple changé de compte ou de cap, n’y seraient même pas au courant). Mais, au-delà de son caractère apparemment anodin et globalement sans effets secondaires à moyen ou à long terme, elle pourrait être attribuée aux comportements suivants dont certains pourraient être inconscients, difficilement contrôlables ou ostentatoirement assumés:

  1. Ils seraient une forme d’exclusion
  2. Ils seraient une forme de censure et d’atteinte à la liberté d’expression
  3. Ils seraient une forme de refus du droit à  la différence
  4. Ils seraient une forme de « possessivité » et presque d’égoïsme.

Sur le plan éducatif et pédagogique

Educativement et pédagogiquement, ces valeurs (exclusion, rejet, censure, etc.) s’inscrivent aux antipodes du référentiel des valeurs, tel qu’il est préconisé par le système éducatif. Elles risquent de détruire ce que s’évertuent à construire, non sans peine, des milliers d’enseignantes et d’enseignants, d’éducatrices et d’éducateurs, à l’école et dans d’autres institutions citoyennes.

Il faudrait donc, dans le cadre d’une éducation au numérique, d’une éducation à la citoyenneté numérique, qui est déjà amorcée dans le système éducatif (utilisation sécurisée du net, intégration de ressources numériques, etc.) déconstruire ces comportements et ces attitudes ainsi décrites ci-dessus et prévoir des scénarios pédagogiques susceptibles de montrer aux élèves comment gérer leurs comptes, leurs identités, leurs interventions, leurs relations, etc. sur les réseaux sociaux en prenant en considération la nature, le fonctionnement et les fonctions de ceux-ci.

Il faut, en plus, promouvoir chez eux les compétences de l'esprit critique, de l'analyse, de l'authentification des messages, du filtrage des documents, du recoupement des données, etc.

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 26/06/2020

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