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Pensées numériques (3)

Virtuel ou réel? that is the question.

 

 

La dimension sémantique, conceptuelle et terminologique est primordiale dans le contexte de l’utilisation des technologies numériques. En plus d’un lexique descriptif  pléthorique créé ou réinventé (noms du matériel software ou hardware, appellations des icônes, désignation des processus, etc.), il y a d’autres vocables manipulés par les utilisateurs qui rendent compte d’une utilisation d’une ou de plusieurs propriété(s) numérique(s), d’un usage analytique de certains comportements, etc.

Parmi ces vocables, le mot-vedette est « virtuel ». Il désignerait, selon les utilisateurs, tout ce qui est supporté par les outils numériques. On dit aussi bien des classes virtuelles pour décrire les classes créées sur les plateformes Teams, zoom, meet, etc., que des réunions virtuelles relayées par des applications numériques diverses (skype, appel vidéo, etc.) ; les exemples sont légion dans ce sens.

L’emploi de cet adjectif  (virtuel) est-il approprié ? Est-il précis ? Etc.

Examinons le sens de cet adjectif selon le dictionnaire :

« Qui n'est qu'en puissance, qu'en état de simple possibilité (par opposition à ce qui est en acte) » in https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/virtuel/82149

D’après la définition, les classes dites virtuelles seraient vraiment virtuelles  si et seulement si elles n’existaient qu’en puissance et qu’en possibilité ; or, dans l’état actuel des choses, elles sont des classes à part entière, avec les mêmes ingrédients de la classe en présentiel : il y a un(e)  enseignant(e), un (e) vrai(e), qui anime un cours, il y a aussi des élèves, des vrais, qui reçoivent, peuvent interagir directement ou en différé avec ce cours, c’est à dire, ce qui se fait à travers ces classes n’est pas une simulation, n’est pas un simulacre ; les enseignant(e)s et les élèves ne sont pas des automates préréglés et ne font pas semblant de travailler ensemble, ils sont là en chair et en os, ils travaillent le plus naturellement possible  ; c’est une réalité qui est vécue en actes, comme dit la définition, seulement qui est conditionnée par la variable « espace » et la variable « média ». Ces deux variables sont appliquées à d’autres situations sociales réelles sans qu’elles soient qualifiées de virtuelles. Peut-on dire, par exemple, que ceux qui échangent un appel téléphonique sont en situation virtuelle du moment qu’ils ne sont pas en situation de face à face ?

Les réunions dites virtuelles, les soutenances dites virtuelles, etc. ne sont pas pour autant virtuelles selon la définition de ce mot. Elles sont réelles et se déroulent "en actes", la seule singularité c’est qu’elles exploitent une technologie pour le faire, et cette technologie est elle-même réelle sous forme d’appareils et de plateformes, c’est tout.

 

PS:

Il faut reconnaitre que désormais l'utilisation du web et du numérique fait partie de la vie réelle des gens. Il y a quelques années, les gens vivaient plus en dehors de leurs machines (c'est-à-dire qu'ils se côtoyaient plus, se parlaient plus directement, etc.) alors que maintenant, ils passent plus de temps de leurs journées confinées dans leurs téléphones, incrustées dans leurs pc, etc. C'est pourquoi, le mot "virtuel" ne peut rendre compte de cette réalité qui est réellement réelle. (au grand regret des uns, les partisans des relations sociales directes, et au plaisir des autres, les partisans des relations à distance).

Date de dernière mise à jour : 26/06/2020

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